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Premièrement, je voudrais m'excuser pour le délai à vous écrire. La fin d'une expédition est très difficile physiquement alors que nous redescendons la montagne en 1-2 jours. Aussi, nous devons coordonner le transport d'équipement par yaks, le transport en jeep, coordination avec le gouvernement ainsi que l’agent de liaison, etc. Les télécommunications sont souvent difficiles, parfois inexistantes. Ceci étant dit, je vais maintenant vous décrire ce qui s'est passé lors de notre poussée sommitale. Le 1er juin, la prévision météorologique indique une fenêtre de beau temps qui s'étend du 02 au 10 juin. Avec le courant-jet qui se déplace vers le nord de la Chine, on prévoit ciel bleu et vent calme. J'avise les Sherpas. Ceux-ci sont sceptiques devant cette nouvelle prévision. Ils m'annoncent une bombe: ils ne viennent pas sur la poussée sommitale. Pour eux, c’est trop venteux et enneigé ainsi qu’un manque de corde fixe qui rend la montée au sommet trop périlleuse. Je prends donc la décision de tenter le sommet malgré leur absence. Le départ du camp de base avancé se fait le 2 juin. En montée vers le camp I (7000 mètres), il neige abondamment. La prévision parle d'une accumulation de dix centimètres. Arrivé au camp I, le déneigement de la tente s'impose. Le lendemain, 3 juin, c'est avec surprise et joie que la montée se fait sur une surface de neige compacte. Le camp II est situé à 7700 mètres d'altitude et l'on repère rapidement le dépôt d'équipement. Une fois la nuit passée, la montée vers le camp III se déroule dans des escarpements rocheux. Finalement, c'est à la lampe frontale et dans une tempête de neige que le camp III est atteint. Impossible de trouver le dépôt contenant la tente, l'oxygène et l'EPIGAS pour le réchaud. À 8300 mètres, la ligne est mince entre vivre et survivre. Il faut agir vite. Je vois un sac jaune, il contient une tente. Pendant ce temps, mon ami caméraman trouve des bouteilles d'oxygène et l' EPIGAS. Nous montons la tente, l'emplacement trop petit plonge une partie de la tente dans le vide. Nous devons nous protéger de la tempête qui fait rage. Après quelques minutes dans la tente, on voit que nous sommes dans une fâcheuse position. Nous sortons de la tente. Je vois une lampe frontale qui approche de nous. C'est Richard Hidalgo qui arrive au camp III. Nous décidons de monter un plus haut pour tenter de trouver notre dépôt. Rien. Je trouve une autre tente, Richard trouve un emplacement et le caméraman apporte l'oxygène et l' EPIGAS. Nous sommes crevés, gelés, mouillés, déshydratés. Le sommet attendra à demain. Plus que nous trois sur l’Everest. Nous sommes seuls, toutes les autres équipes ont quitté la montagne. Le 5 juin, après la nuit passée à 8300 mètres, la journée est consacrée au repos, à la réhydratation et sécher nos vêtements. De midi à 21 h, je fais fondre de la neige (1 litre d'eau par heure!). Une heure du matin, 6 juin, c'est le départ vers le sommet. Dans la noirceur, aidés de nos lampes frontales, nous cherchons en vain la corde fixe qui nous mènera à un endroit nommé Exit Cracks (8500 mètres). Le terrain mi-rocailleux, mi-enneigé me fait perdre un crampon. Richard, qui est plus bas, retrouve le crampon. Je peux poursuivre la montée. Un peu plus tard, je m'aperçois que le crampon est à nouveau manquant. Je dis à Richard que je dois mettre fin à cette tentative. Il me répond qu'il termine son ascension puisqu'il a les pieds mouillés. Nous informons le caméraman de la situation et il redescend. La tentative du sommet est terminée. Je crois en l'importance des Sherpas dans l'équipe. Un seul Sherpa aurait permis d'atteindre le sommet. Un seul Sherpa nous aurait amenés directement au dépôt du camp III et ainsi permettre l'ascension au sommet le soir même. Un seul Sherpa aurait trouvé la corde fixe menant à Exit Cracks et l'arête menant au sommet. Un seul Sherpa aurait pu aider à fondre la neige et ainsi permettre de se reposer avant la nuit sommitale. Un seul Sherpa aurait pu me prêter ses crampons! Un Sherpa c'est un maillon important de l'équipe. Dans notre cas, ceci a probablement fait la différence entre l'atteinte du sommet ou non. Peu importe, notre expédition a été un succès, une expérience inoubliable. En redescendant de la montagne, je me suis dit que mon crampon manquant pouvait représenter n'importe quel membre de l'équipe. Quand il te manque un crampon, tu ne peux plus faire l'ascension vers le sommet. Quand il te manque un membre de ton équipe, tu vois combien chacun est important dans la réussite du sommet. Dans ce cas-ci, chaque Sherpa avait un rôle très important. Nous avons tenté de combler cette absence mais en vain. Être seul sur l'Everest a son charme. Il faut croire en soi, en ses capacités. La descente du camp III vers le camp II s'est faite sur le chemin moins fréquenté. La face cachée de l'Everest. Plusieurs longs rappels sur des pentes enneigées et des traverses à couper le souffle. Un pur bonheur de vivre de tels moments, et cela, même après 2 mois sur la montagne. La descente entre le camp II et le camp I s'est terminé dans un blizzard où il n'y avait aucun repère possible pour retrouver notre tente au camp I, aucune trace pour nous guider. Finalement, il y a eu éclairci dans le ciel. Il me semble avoir entendu ma propre voix dire MERCI au ciel! Puis, les deux dernières heures de descente ont été faites dans le silence à regarder et absorber cet univers grandiose. Le respect et l'humilité face à la montagne sont omniprésents. C'est une rencontre unique entre la montagne et l'homme. L'infiniment grand et l'infiniment petit.. Le vrai sommet est peut-être là. En tout cas, il ressemblait étrangement à mon sommet d'Everest 2005. |